Les mangeurs de Ricotta (vers 1580-1590), Vicenzo Campi

Les mangeurs de tricota, Campi (vers 1580-1590)
Vicenzo Campi, Les mangeurs de ricotta (vers 1580-1590) – Huile sur toile

Vicenzo Campi, peintre italien de la Renaissance, s’inscrit pleinement dans le renouveau artistique de cette période. En peignant une scène de genre, qui plus est, représentant les gens du peuple, l’artiste italien marque la rupture avec le millénaire moyenâgeux, dont la production picturale était consacrée à l’église.

Nous voyons quatre personnages : trois hommes robustes, sanguins, à la peau tannée, et aux dents sales, qui engloutissent le morceau de ricotta avec avidité. L’un remplit sa louche alors qu’il a encore la bouche pleine, l’autre porte sa cuillère à la bouche, tandis que le 3e glisse la sienne sous le fromage pour en prendre une part énorme. Le 4e personnage est une femme, assise sur une chaise face à la table qui supporte le plat de ricotta. La cuillère à la main, elle attend de se servir, avec toute la docilité d’une femme en compagnie de trois hommes.
La scène se passe probablement dans une auberge ou une taverne, et l’on suppose, de par l’éclairage de la scène, que nous sommes le soir. Justement, la ricotta est un fromage frais du nord de l’Italie qui constituait autrefois, pour les moins fortunés, le plat du soir que l’on accompagnait de pain aux raisins et de petit-lait.

Chacun des mangeurs fixe le spectateur, dans une invitation à les rejoindre.

 

Une scène en mouvement :

Si l’on considère successivement, de droite à gauche, les quatre personnages de ce tableau, on assiste à la décomposition d’un même mouvement : la femme tient une cuillère vide, son voisin enfonce la sienne dans la ricotta fraîche, l’homme à l’arrière-plan porte une cuillerée de ce fromage à sa bouche, tandis que le dernier personnage paraît rassasié. L’arc de cercle formé par ces joyeux convives semble se prolonger au- delà de l’espace du tableau. Et si nous, spectateur, étions le point de départ de ce mouvement décomposé ? Peut-être répondrons-nous favorablement à l’invitation et bientôt, nous engloutirons à notre tour le fromage frais.

 

Le thème du rire :

Dans ce tableau auquel Vincenzo Campi a donné le titre de Buffonaria, un rire communicatif circule de personnage en personnage. Il pourrait même contaminer le spectateur, si l’on en croit les traités de peinture pour lesquels la représentation de personnages de milieu modeste en train de rire devait provoquer la même réaction.
Le rire est apparut seulement à partir de la Renaissance en peinture et reste tout de même très rare. Certains artistes italiens du XVIème siècle encourage sa représentation, au nom de l’expression des passions de l’âme. Léonard de Vinci lui-même soutint ce parti-pris, pas évident lorsque l’austérité de l’Église reste très influente dans la société et donc aussi dans le domaine des arts.

 

Un autoportrait dissimulé et une vanité retrouvée :

Parmi ces mangeurs de ricotta, dont l’allure générale évoque les personnages de la Commedia dell’arte, on identifie les traits du peintre figuré en Pantalone, avec sa chemise à col en pointe et sa barbichette. On pourrait également reconnaître dans cet autoportrait la figure de Démocrite, le philosophe grec qui préférait rire de l’absurdité et de la vanité des activités humaines, au regard de la mort promise à chacun d’entre nous.
Ainsi, les cavités creusées dans la ricotta ne lui donneraient-elles pas l’aspect d’un crâneLes mangeurs de ricotta, Vicenzo Campi sur lequel une mouche se serait posée ? La restauration du tableau en 1991 permit de nous rendre compte de la présence d’une mouche sur le fromage, confirmant ainsi l’attribution du tableau à Vicenzo Campi, qui marquait ces tableaux de l’insect, mais surtout d’affirmer la forme de crâne. Le fait que la toile puisse être qualifiée de vanité vient renforcer, par le contraste, le message de la scène qui se déroule plus haut. En effet, la vanité vient rappeler le caractère éphémère de l’existence humaine et donc l’importance de ne pas se consacrer aux désirs vains et aux plaisirs futiles.

Vincenzo Campi, lui même devenu un philosophe railleur dans cette toile, propose de jouir, sans tomber dans le dangereux abîme des désirs vains, des plaisirs de l’existence. À consommer avec modération.

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