La Boyarina Morozova (1887), Vassili Sourikov

La boyarina Morozova (1887), Sourikov
La Boyarina Morozova, 1887, de Sourikov ; Galerie Tretiakov à Moscou.

Véritable chef d’oeuvre romantique, il s’agit ici d’imaginer le rendu d’un tel tableau en ses dimensions gigantesques : 304 x 587 cm. Le spectateur est plongé de force dans cette scène terrible, mettant à nu le sentiment russe traditionnel.

Vassili Sourikov, célèbre peintre russe, nous raconte l’histoire de Feodosia Prokofiyevna Morozova (en cyrillique, Феодосия Прокофьевна Морозова). Suite aux réformes religieuses de Nikon entre 1666 et 1667 qui visaient à modifier les rites et textes en conformité avec les autres Églises orientales de l’époque (grecque notamment), le mouvement des « vieux croyants » se révolte. Morozova, issue d’une famille de vielle souche, devient une partisane farouche des « vieux croyants ». Finalement, les réformes du patriarche Nikon suscitèrent le schisme de l’Église orthodoxe russe, aussi appelé le « raskol ».

Sourikov choisit de représenter le moment où la boyorina est arrêtée par les partisans du patriarche Nikon. Enchainée sur un traineau, elle est tirée à travers Moscou pour enfin être enfermée dans un couvent. La foule qui assiste à l’arrestation est composée de deux groupes : à gauche et vers le fond les partisans de Nikon, qui rient et encourage l’enlèvement, tandis qu’à droite, la tristesse et la peur se lient sur le visage du peuple.

Les lignes de fuite dans la continuité du traineau et du signe de main du mendiant se rejoignent en un même point vers le ciel, signe d’espoir. On comprend que dieu seul La boyarina Morozova (1887), Sourikovpourra les juger. Une autre ligne vient en travers de ces dernières, celle du regard de la boyarina, qui se dirige nettement vers l’icône de la vierge à l’enfant, dans le coin en haut du tableau. On remarque qu’il s’agit d’une icône de style traditionnel, typique d’avant les réformes de Nikon, qui dotèrent aux icônes orthodoxes russes un style mêlant tradition russe et réalisme d’Europe occidental, proche de l’art catholique. Lorsque que l’on se rapproche de la vierge, celle-ci semble s’animer, et son regard s’adresse au spectateur.

De plus, la boyarina défie l’autorité de Nikon par son signe de la main, deux doigts levés. Cela réfère au différend opposant les vieux croyants et les partisans de Nikon sur la question de la bonne façon de signer, car une des réformes de Nikon était de faire le signe de croix avec trois doigts au lieu de deux précédemment. Son geste est particulièrement mis en valeur par le peintre, qui construisit son tableau de manière à ce que la seul ligne horizontale soit ce bras, qui vient casser toute la verticalité du tableau.

Il est évident que cette oeuvre constitue autant une prouesse technique que spirituelle. La boyarina Morozova, Sourikov
Le réalisme est saisissant, tout comme les détails sont lourds de sens. V. Sourikov s’attarda sur chaque visage, pour donner à chaque personnage une expression unique. Son personnage principal, Feodosia Prokofiyevna Morozova, semble presque possédé et la valeur de son visage contraste avec le noirceur de son vêtement et de ses yeux. Les gens qui l’entourent paraissent ressentir à la fois de la peur et de la tristesse à son égard. Une jeune femme, qui lui ressemble étrangement, fuit parmi la foule. Sans doute craint-elle que Nikon lui réserve le même sort.
Enfin, le personnage du mendiant, assis dans la neige et très pauvrement habillé, fait le même signe à deux doigts que la boyarina. Il porte une croix si lourde qu’elle le blesse dans sa chair. Le tableau réunit à la fois des gens richement vêtus, probablement issue de familles aisées, des gens du peuple ainsi que les plus pauvres. Ce tableau est aussi l’occasion de dépeindre la société russe de l’époque. Les deux hommes qui rient à gauche portent la chapka et la fourrure traditionnelles, tandis que plusieurs motifs russes ornent les vêtements féminins. La neige, bien sûr, fait partie intégrante de cette scène. La richesse et la profondeur des couleurs de la toile signent définitivement le tableau du nom de Vassili Sourikov. Il écrivait d’ailleurs au fondateur de la galerie, Pavel Tretiakov, que selon lui, « le coloris est quelque chose de grandiose » et donc, « pour le coloris [il] est prêt à tout pardonner« .

La boyarina Morozova, Sourikov

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